lundi 16 novembre 2009

Appelez-le donc « A (H1N1) pandémique » !

Contrairement à ce qu’un pharmacien (mal) informé soutenait il y a peu sur les ondes d’une grande station de radio, le virus H1N1 inscrit dans la composition du vaccin contre la grippe saisonnière n’est pas celui qui est responsable de la pandémie en cours ! Le vaccin saisonnier ne protège donc pas contre ce nouveau virus. Pour être précis, celui-ci devrait se voir appeler H1N1 pandémique (par opposition à H1N1 saisonnier) ou A (H1N1) 2009. Pour mieux comprendre, voyage dans l’intimité des virus…

Un type. D’une manière générale, il existe 3 types de virus grippaux. Ils sont classés selon les antigènes (ou protéines) qu’ils renferment :
le virus de type A : responsable des épidémies de grippe, il est le plus virulent. Il infecte l’Homme mais aussi les animaux, le porc notamment ainsi que les espèces aviaires ;
le virus de type B : à l’origine de cas sporadiques, il infecte exclusivement l’Homme ;
le virus de type C lui aussi, est propre à l’Homme. Peu virulent, les symptômes qu’il provoque ressemblent à ceux d’un rhume.

Des sous-types. A, B ou C… un virus se définit donc par son type mais aussi par son sous-type, caractérisé par deux protéines présentes à la surface du virus : l’hémagglutinine et la neuraminidase, que l’on retrouve dans la nomenclature des virus sous leurs initiales respectives, H et N. « Le sous-typage des virus grippaux se fait à l’aide de ces deux protéines qui, du fait qu’elles sont externes, vont être repérées en premier par le système immunitaire » explique Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de Référence pour la Grippe à l’Institut Pasteur de Paris.

A l’heure actuelle, 16 hémagglutinines et 9 neuraminidases différentes ont été identifiées. Mais chez l’Homme, seuls 3 sous-types : H1N1, H2N2 et H3N2 ont été recensés. En revanche, 144 combinaisons de H (de H1 à H16) et de N sont possibles au sein de l’espèce aviaire. Celle-ci représente donc un répertoire considérable.

Des virus qui évoluent sans cesse… Du fait de mutations régulières des souches contenues dans les sous-types, les virus des types A et B changent constamment. Prenons l’exemple du vaccin saisonnier recommandé dans l’hémisphère Nord, pour la saison 2009/2010. Il est composé de 3 souches vaccinales :
Une souche analogue à A/Brisbane/59/2007 (sous-type H1N1) ;
Une souche analogue à A/Brisbane/10/2007 (sous-type H3N2) ;
Une souche analogue à B/Brisbane/60/2008.

« Mais attention », prévient Vincent Enouf. « s’il est bien noté H1N1 dans la composition de ce vaccin, la souche qu’il renferme est complètement différente de celle du virus pandémique (appelée en l’occurrence A/California/04/2009(H1N1), n.d.l/r.). Dans le premier cas, elle est d’origine humaine alors que le second est issu de la recombinaison de différents virus porcin, humain et aviaire. Ce virus pandémique est donc totalement nouveau ».

Si ces deux virus sont si différents, la question certes naïve que le profane est en droit de se poser est : pourquoi portent-ils le même nom ? « Tout simplement parce qu’on leur a retrouvé des ancêtres communs », précise Vincent Enouf. Les virus saisonnier et pandémique sont en quelque sorte de la même famille (A/H1N1). Mais du fait de mutations successives, les protéines qu’ils renferment ont évolué différemment au cours du temps. Ainsi, « la protéine qu’on a visualisé sur ce nouveau virus est proche des H1 déjà connus mais déjà suffisamment distante pour que le système immunitaire ne la reconnaisse pas ». D’où la nécessité de se vacciner pour en être protégé. C.Q.F.D.

Source : Interview de Vincent Enouf (Institut Pasteur), 16 novembre 2009 - OMS

dimanche 15 novembre 2009

Une lettre de la ministre de la santé française, Roselyne Bachelot, aux praticiens hospitaliers

Roselyne Bachelot, Ministre de la santé en appelle à nouveau à la vaccination des professionnels de santé. La Ministre adresse un courrier à l’ensemble des personnels travaillant dans les établissements de santé. Tout en rappelant la liberté de chacun, Roselyne Bachelot invite les personnels « à faire le choix de la prévention et de la solidarité et à donner l’exemple d’une implication responsable ».

« Madame, mademoiselle, monsieur,

Certains d'entre vous hésitent encore à se faire vacciner contre la grippe A H1N1. Je veux être sûre que vous disposez des informations nécessaires pour prendre la meilleure décision. Cette maladie n'est pas anodine même si, dans la plupart des cas, elle se présente comme une grippe banale, qui guérit spontanément. Vous êtes bien placés pour savoir cependant qu'elle est extrêmement contagieuse, et peut être particulièrement grave lorsqu'elle touche les enfants, les femmes enceintes, les personnes fragiles. De surcroît, comme vous le savez, de jeunes adultes en bonne santé peuvent être sévèrement atteints par la maladie et nécessiter un séjour en réanimation. Aux Etats-Unis, où l'épidémie a débuté avant la France, entre avril et octobre 2009, le nombre estimé de cas est de 22 millions, dont 8 millions chez les moins de 18 ans. Le nombre estimé de décès est de 3900, dont 540 enfants. Aussi, je compte sur votre discernement pour faire la part, parmi tout ce que vous avez pu entendre, entre l'information juste et les rumeurs infondées voire dangereuses qui peuvent se propager. Je me suis toujours engagée à faire preuve d'une totale transparence envers les professionnels de santé qui ont la responsabilité des patients, et envers le grand public.

Les vaccins mis sur le marché ont satisfait à toutes les exigences réglementaires, françaises et européennes, en termes de qualité. Des essais cliniques ont permis de vérifier leur efficacité et leur innocuité, comme c'est toujours le cas pour les médicaments que vous utilisez dans votre pratique quotidienne. Nos concitoyens savent ce qu'ils doivent à votre engagement quotidien. Je fais donc appel à votre clairvoyance et à votre sens du devoir. Je sais que vous ne prendrez pas le risque de contaminer vos patients en risquant vous-mêmes de tomber malade. Nous avons aujourd'hui, en métropole, un coup d'avance sur cette épidémie et je sais que vous saisirez cette chance, en vous faisant vacciner, vous qui êtes prioritaires. Pour manifester ma confiance dans la vaccination qui constitue la meilleure mesure de prévention contre cette grippe inhabituelle qui peut être dangereuse, je me suis moi-même faite vacciner le 12 novembre dernier. Je compte aujourd'hui sur vous pour faire le choix de la prévention et de la solidarité, pour donner une fois encore l'exemple de votre implication responsable.

Roselyne Bachelot-Narquin »
Source : Note interne de l’AP-HP, mise en ligne Maurice Chevrier, Santé log, le 14 novembre 2009 (Visuel Ministère de la Santé)

samedi 14 novembre 2009

Premier décès dû à la grippe A (H1N1) au Kosovo, selon les autorités

Le ministère de la Santé du Kosovo a annoncé samedi un premier décès dû à la grippe A (H1N1) dans le pays.

Il s'agit d'un homme âgé de 31 ans qui avait été admis dans le principal hôpital du pays à Pristina après avoir été victime d'une forte fièvre pendant environ trois semaines, a-t-il précisé dans un communiqué. Au cours des dernières semaines, le Kosovo a été confronté une augmentation du nombre de cas de grippe A (H1N1). Des médecins ont déclaré qu'ils soignaient au moins 20 autres patients porteurs du virus.

vendredi 13 novembre 2009

Vraiment compliqué de se faire vacciner

Plusieurs confrères relatent les difficultés pour trouver un lieu et un créneau horaire leur permettant de se faire vacciner contre la grippe A (H1N1). Dans les listes reçues figurent parfois comme simple adresse une boîte postale !!
A Mons-en-Barœul (Nord) il n'y a eu que 4 vaccinés la veille, mais cela se comprend. Entre les mauvaises informations donnant un endroit erroné (le Fort de Mons au lieu de la salle Renaissance), les bons non reçus y compris pour des prioritaires, et sans compter que le centre était fermé ce vendredi matin malgré des indications contraires sur les affiches, et qu'il faudra maintenant attendre mercredi 18 novembre !
Question plus embêtante, s'il y a eu 4 vaccins de fait à Mons sur des flacons multidoses de 10, cela signifie que l'on a du jeter 6 doses. Et à Villeneuve d'Ascq il est question de 11 personnes vaccinées cela signifierait que l'on a entamé un flacon pour une seule personne. Quel gâchis surtout quand on pense que ce genre d'argument a prévalu pour ne pas faire les vaccins dans les cabinets des généralistes comme cela se passe dans d'autres pays tels la Belgique ou la Suisse.

Quinze personnes vaccinées hier à Mons-en-Barœul et Villeneuve d'Ascq (Nord)

Si psychose il y a autour de la grippe A, elle n'a pas franchi les frontières villeneuvo-monsoises. Hier matin, dans les salles réquisitionnées pour les vaccinations, on ne se bousculait pas.

Salle Debruyne, à Ascq. Deux médecins, trois infirmières, une puéricultrice, trois agents municipaux, chapeautés par Roger Hautson, commandant de pompiers retraité forment le dispositif. Ici on respecte les consignes à la lettre notamment en matière de communication. Le mot d'ordre semble être : « en dire le moins possible à la presse ». Le journaliste est aimablement convié à former un numéro de téléphone de la préfecture.

Six millions de bons, (plus politiquement corrects que des convocations) ont déjà été envoyés par la CNAM (Caisse nationale d'assurance maladie) dans l'Hexagone. À Villeneuve-d'Ascq, 43 000 « invitations » à se faire vacciner ont été postées. Ici comme ailleurs, les femmes enceintes, les nourrices, les asthmatiques, les personnes souffrant de maladies chroniques sont prioritaires.

La puéricultrice a pensé à prendre un petit tapis pour éviter aux petits patients un contact froid avec la table d'auscultation. « On reconnaît les professionnels », plaisante Roger Hautson qui avoue pas mal improviser dans ce dispositif. « C'est une première, on s'adapte, c'est bien ce qui nous a été demandé. » Au milieu d'une rangée de chaises vides, Yves, un retraité patiente. Il sait qu'il n'aura pas longtemps à attendre. « Je suis diabétique. J'ai reçu la convocation il y a deux jours. En principe je me fais vacciner contre la grippe saisonnière. Mais pour la grippe A, je suis plus réticent. Avec tout ce qu'on entend... » Jean-François lui, n'a pas hésité un instant. Médecin de son état, il est lui aussi prioritaire, même s'il n'a pas reçu d'invitation. « Je suis venu spontanément car je suis potentiellement au contact du virus. Mais c'est très bien que ça démarre gentiment, tout le monde ne viendra pas d'un coup. », tempère-t-il. Jean-François ne cille même pas quand l'infirmière lui pique le bras. « Ce n'est vraiment pas douloureux ».

Hier matin, la plupart des personnes vaccinées travaillaient dans le secteur hospitalier ou médical. Plusieurs retraités du quartier sont également venus. « C'est le premier jour, mais on a trois semaines devant nous. Au-delà de ce délai, les gens seront tout de même accueillis », commente une personne chargée de l'accueil.

Jusqu'au 25 novembre, le centre accueillera le public prioritaire. « On commence, mais on ne sait pas quand on s'arrêtera », témoigne Roger Hautson. Hier, le centre a vacciné douze personnes.

À Mons-en-Barœul

À Mons-en-Barœul, salle Renaissance, vos pas pourraient faire écho dans cette grande enceinte où sont disposées des chaises vides. Il est 11 heures, pas un chat. Heureusement, médecins, infirmiers et personnel administratif prennent les choses avec sourire et bonne humeur. Unique vaccination ce matin, Annie l'infirmière a piqué Brigitte le médecin volontaire. « Et je n'ai pas eu mal ! », sourit-elle. En fin de journée, quatre personnes avaient franchi la porte. Trois ont été vaccinées. La dernière n'a pas pu l'être pour raison de santé.

Affluence ou non, le centre est opérationnel, les tentes toutes neuves sont montées, prêtes à accueillir les patients. La « chaîne de vaccination » commence par une vérification du bon de vaccination et de l'identité par un agent administratif. Après avoir rempli un questionnaire (dont une question surprenante « Souhaitez-vous être vacciné ? »), le patient rejoint le médecin volontaire avant la piqûre. Enfin, une attestation de vaccination est remise en fin de chaîne. Document qui pourrait, dit-on, être réclamé par certains pays en cas de voyage.

Grippe porcine : 239 morts en Ukraine

L'épidémie de grippe et de difficultés respiratoires aiguës a provoqué la mort de 239 personnes en Ukraine, où le président, Viktor Iouchtchenko s'est déclaré prêt à se faire vacciner publiquement afin de montrer l'exemple à ses compatriotes. Depuis fin octobre, plus de 1,25 million d'Ukrainiens sont tombés malades et 239 sont décédés, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. Le précédent bilan publié mercredi faisait état de 1,12 million de malades et de 189 décès.

Au total, 85 cas de virus H1N1 ont été recensés, dont une quinzaine parmi les morts, ont indiqué jeudi les autorités sanitaires citées par Interfax. Alors que les vaccins suscitent beaucoup de méfiance en Ukraine, le président Iouchtchenko s'est dit prêt à se faire vacciner: "Moi, je suis prêt à être le premier (...) à recevoir ce vaccin sous les yeux de toute la nation, à montrer l'exemple", a-t-il déclaré lors d'un déplacement dans le centre du pays, selon Interfax.

Le ministère de la Santé appelle les Ukrainiens à se faire vacciner contre la grippe saisonnière et a demandé à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) de fournir à cette ex-république soviétique 15 millions de doses du vaccin contre le virus H1N1, qui n'est pas encore été certifié dans le pays.

jeudi 12 novembre 2009

Précisions concernant la campagne de vaccination contre la grippe A en France

La ministre française de la santé, Roselyne Bachelot, qui se fera vacciné ce jour, à 13h, devant les médias, contre la grippe A (H1N1), a déclaré ce matin :

- Le vaccin concernant les femmes enceintes devrait avoir son autorisation de mise sur le marché demain, vendredi 13 novembre.
- Par ailleurs, on saura à la fin du mois, dans environ 3 semaines, si la France maintient un rappel pour le vaccin antigrippal A (H1N1) ou si une seule dose de vaccin suffira.

Le débat persiste entre partisans et détracteurs du vaccin contre la grippe A

Alors que certains s’interrogent sur le vaccin, le ministère de la santé et de nombreux experts estiment qu’il pourra permettre de sauver de nombreuses vies

Le lancement de la vaccination contre la grippe A intervient alors qu’un débat existe toujours chez les professionnels de santé et la population. Certains s’interrogent sur le bien-fondé d’une campagne aussi massive avec des vaccins sur lequel le recul, à leurs yeux, n’est pas suffisant. D’autres estiment, au contraire, comme les autorités sanitaires, que la France a une « chance historique d’affronter cette pandémie avec des vaccins qui, largement utilisés, permettront d’éviter de nombreux morts ».

> Quels sont les vaccins utilisés en France ?

Au total, le gouvernement a acheté (pour 750 millions d’euros) 94 millions de doses de vaccins à trois laboratoires : Sanofi Pasteur (28 millions de doses), Novartis (16 millions) et GlaxoSmithKline-GSK (50 millions). Dans un second temps, 50 000 doses ont été commandées au laboratoire Baxter. Le plus rapide à délivrer ses produits a été GSK : C’est aujourd’hui son vaccin Pandemrix qui est utilisé pour le démarrage de la campagne grand public.

> Que contiennent ces vaccins ?

D’abord un principe actif appelé « antigène », qui induit la réponse immunitaire permettant de protéger la personne vaccinée. Ils contiennent aussi du thiomersal, un conservateur utilisé pour limiter le risque infectieux, à une dose minime qui, selon les autorités, exclut « a priori » tout risque de toxicité. Deux vaccins (Novartis et GSK) contiennent aussi des adjuvants à base de squalène (huile de foie de requin). Ces adjuvants ont été utilisés pour deux raisons :
- L’adjuvant permet de provoquer une réaction immunitaire en mettant moins « d’antigène » dans chaque dose de vaccin.
- Surtout, ils augmentent l’efficacité du vaccin. Selon plusieurs spécialistes, un vaccin avec adjuvant pourrait rester efficace si le virus devait muter et devenir un peu plus agressif.

> Quels sont les risques des adjuvants ?

Certains estiment qu’il existe toujours un risque à injecter un stimulateur de l’immunité. Ces craintes sont écartées par un grand nombre d’experts qui crient à la « désinformation » : il s’agit, selon eux, d’un risque théorique, jamais démontré. Ils rappellent que l’adjuvant utilisé dans le vaccin de Novartis est présent dans un vaccin saisonnier délivré à 47 millions de personnes dans le monde depuis 1997 sans effets secondaires notables.

> Pourquoi utiliser un vaccin sans adjuvant pour les femmes enceintes et les nourrissons ?

Aujourd’hui, les experts recommandent de ne pas utiliser d’adjuvants chez les personnes dont le système immunitaire est immature (nourrissons de 6 à 23 mois) ou un peu modifié (femmes enceintes, certains sujets immuno-déprimés). Cela ne veut pas dire qu’il y a un risque démontré de l’adjuvant chez ces personnes. Simplement, les experts ne disposent pas d’études suffisantes pour se prononcer et, à titre de précaution, ils jugent préférable de leur délivrer des vaccins sans adjuvant. En France, un seul vaccin de ce type sera disponible, celui de Sanofi Pasteur. Il pourrait être autorisé au début de la semaine prochaine.

> Faut-il une dose ou deux doses ?

Au départ, on pensait que deux doses du vaccin seraient nécessaires. Mais depuis, des études ont montré qu’une seule dose pourrait être suffisante pour les plus de 10 ans. En tout cas pour l’instant, en France, le schéma vaccinal est toujours fixé à deux doses. Les autorités sanitaires souhaitent se donner encore un peu de temps pour savoir avec certitude si une dose est suffisante. Si tel devait être le cas, la recommandation évoluerait avec une dose pour les adultes et sans doute toujours deux doses pour les moins de 10 ans.

> Quel recul a-t-on sur les vaccins ?

Les données disponibles en France portent sur les 50 000 doses du vaccin GSK délivrées entre le 21 octobre et le 5 novembre à 50 000 professionnels de santé. Sur cette période, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a eu connaissance de 36 signalements d’effets indésirables, principalement des douleurs au site d’injection, des maux de tête ou de la fièvre. « À ce jour, il n’y a pas eu de notification d’effets graves », assure l’Afssaps. En Europe, le pays le plus avancé en matière de vaccination est la Suède où 1,4 million de doses du vaccin GSK ont été délivrées. Selon l’Afssaps, rien d’alarmant n’y a été constaté.

> Que sait-on des risques liés aux vaccins ?

Les données disponibles sont a priori rassurantes. « La tolérance du vaccin est très bonne », répètent de très nombreux spécialistes de la grippe et des vaccins. Toutefois, dans une vaccination de masse, il est toujours possible de voir apparaître quelques complications chez des personnes ayant peut-être une prédisposition à telle ou telle maladie. Depuis des semaines, un large débat tourne autour de la maladie de Guillain-Barré, une affection neurologique potentiellement grave, qui touche 1 700 personnes par an en France. Certains affirment que le vaccin peut déclencher cette maladie. De leur côté, les autorités sanitaires et de nombreux experts répondent que ce risque n’est pas démontré avec certitude et qu’il est, en tout état de cause, très faible (un cas sur un million de vaccinés). Ils ajoutent que la principale cause du Guillain-Barré est une infection et qu’il y a plus de risque de développer cette maladie après une grippe qu’après une vaccination.

> Faut-il se faire vacciner ?

Comme tout acte médical, une vaccination repose sur une analyse du rapport bénéfice-risque, propre à chaque individu. Cette analyse n’est pas toujours facile à faire pour le grand public qui, en quelques mois, a entendu parler d’une grippe jugée « redoutable » puis qualifiée de « grippette ». En fait, pour l’instant, cette grippe reste bénigne chez l’immense majorité des personnes touchées mais peut provoquer, dans quelques cas, des formes sévères et mortelles, y compris chez des jeunes en parfaite santé. Ce qui n’est pas le cas avec la grippe saisonnière qui, à 90 %, fait des victimes chez les plus de 65 ans. Depuis le début de l’épidémie, 34 décès ont été attribués en France métropolitaine à la grippe A, dont deux chez des personnes sans facteur de risque. Selon l’Institut de veille sanitaire (InVS), au 3 novembre dernier, 625 patients avaient été hospitalisés dont 131 en réanimation dans un état grave. Parmi ces cas graves, on a recensé neuf nourrissons de moins d’un an, huit enfants de un à 14 ans et 101 personnes de 15 à 64 ans. Sur ces 131 patients traités en soins intensifs, il y avait notamment 26 personnes souffrant d’asthme, 14 de diabète, 14 de forte obésité, 14 femmes enceintes et 19 personnes à première vue en bonne santé. « Ce n’est pas une grippe anodine. On voit des formes très sérieuses chez des sujets jeunes », avertissent de nombreux réanimateurs. Pour avoir une idée précise de la dangerosité de cette grippe, il faudrait bien sûr comparer ce chiffre des cas graves avec le nombre total de personnes ayant contracté la grippe A en France. Ce qui n’est pas possible car cette donnée n’est pas disponible à l’InVS. À titre indicatif, on peut préciser que dans la semaine du 26 octobre au 1er novembre, 39 personnes ont été hospitalisées dans un état grave alors que, dans le même temps, le nombre de consultations pour grippe A a été estimé à 341 000. Selon plusieurs experts de la grippe, ces chiffres pourraient augmenter fortement au cours des prochaines semaines avec une intensification de l’épidémie durant l’hiver.

Début de la campagne officielle de vaccination contre la grippe A en France

Jour J pour la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1). Un dispositif inédit est mis en place, avec 1 500 centres et des consignes très strictes. Rappel sur le mode d'emploi d'une campagne sans précédent.

> Qui peut se faire vacciner dès aujourd'hui ?

Ne seront admis dans les centres de vaccination que les personnes ayant reçu ces derniers jours une invitation du ministère de la Santé, vialeur caisse primaire d'assurance maladie, les incitant à se faire vacciner. Ce courrier comporte deux bons de vaccination (un par injection à pratiquer à trois semaines de distance). Les premiers candidats à la vaccination (personnes à risques, femmes enceintes, entourage des nourrissons de moins de six mois) devront également se munir d'une pièce d'identité. Ils disposent d'un délai de dix jours pour se présenter. La vaccination est facultative et gratuite. Il n'est pas possible de se faire vacciner dans le cabinet de son généraliste.

> Où et quand se présenter ?

Les horaires des centres de vaccination diffèrent en fonction des départements. Dans le Nord, ils sont ouverts aujourd'hui de 8 h à 12 h et de 14 h à 18 h, et demain de 14 h à 22 h. Tous seront fermés samedi. La semaine prochaine, les horaires varient suivant les lieux. Dans le Pas-de-Calais, les centres fonctionnent en semaine, uniquement l'après-midi, de 15 h à 19 h du lundi au vendredi... mais aussi le samedi de 9 h à 13 h. La région est maillée par quatre-vingt-neuf centres de vaccination, cinquante-deux dans le Nord et trente-sept dans le Pas-de-Calais. Le courrier avec les « bons » de vaccination précise l'adresse du ou des centres les plus proches.

> Comment fonctionne un centre de vaccination ?

Chaque candidat au vaccin est reçu à l'accueil par un personnel administratif. Il remplit un questionnaire médical pour identifier d'éventuelles contre-indications. Les personnes présentant des facteurs de risques bénéficient d'une consultation préalable. Après le passage par la chaîne de vaccination, chaque centre met à disposition un espace de repos et de surveillance. Le « vacciné » repart avec un rendez-vous pour la seconde injection, trois semaines plus tard.

> Combien de temps durera la campagne ?

Les séances de vaccination sont théoriquement programmées pour s'étaler sur une période de quatre-vingt-huit jours ouvrables, jusqu'au mois de mars. Après les publics prioritaires, la campagne s'ouvrira par vagues successives vers le grand public. Elle est calibrée pour traiter plus de trois millions de personnes dans la région (1,7 million dans le Nord et 1,4 million dans le Pas-de-Calais).

> À quel rythme le dispositif se mettra-t-il en place ?

Les quatre-vingt-neuf centres de la région sont immédiatement opérationnels. Leur fonctionnement dépendra de deux paramètres : d'abord la réponse ou l'indifférence du public (en milieu hospitalier, à peine 10 % des soignants se sont fait vacciner ces derniers jours) mais aussi l'approvisionnement en vaccins. La région dispose pour le lancement d'environ 500 000 doses. Pour faire tourner les centres, des médecins ont dû être réquisitionnés dans le Pas-de-Calais. La préfecture du Nord a lancé un nouvel appel aux personnels de santé, actifs ou retraités, volontaires (0811 000 659)

> Où en est le virus ?

Le dernier bulletin de l'Institut de veille sanitaire indique qu'avec 216 cas ‰ habitants, le Nord - Pas-de-Calais se situe au sixième rang sur vingt-deux parmi les régions les plus touchées.

mercredi 11 novembre 2009

Un site américain concernant les enfants décédés de la grippe A (H1N1)


Un site étonnant avec les enfants décédés de la grippe A (H1N1) aux Etats Unis. Cela donne à réfléchir !

Grippe A : 54 nouveaux décès en moins de cinq jours au Mexique

Le Mexique a enregistré, en moins de cinq jours, 54 nouveaux décès à cause de la grippe A (H1N1), portant le bilan cumulé de l'épidémie à 452 morts, a indiqué, mardi, une source officielle.

Au total, le bilan cumulé des cas d'infection par le virus a atteint 59 762 patients, soit 5 464 nouveaux cas détectés au cours des cinq derniers jours, a précisé le ministère mexicain de la santé. Selon le dernier bilan rendu public jeudi dernier, le Mexique comptait 54 298 cas d'infection par le virus de la grippe A, dont 398 cas mortels. Le ministère a souligné sur son site Internet que 51,3 % des cas mortels concernent des hommes et 69,5 % des personnes âgées entre 20 et 54 ans. La majorité des personnes décédées souffraient, auparavant, de problèmes de santé, dont le cancer, des maladies respiratoires ou d'obésité, a souligné la même source, ajoutant que la capitale et les régions du sud sont les plus affectées par le virus. Au niveau mondial, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé plus de 482 mille infections par ce virus, dont 6 071 cas mortels. Les autorités sanitaires avaient indiqué, récemment, que 90 % des cas grippaux traités dans les hôpitaux concernent des infections par le virus de la grippe A (H1N1). Sur le plan économique, l'épidémie a coûté depuis son déclenchement en avril dernier, l'équivalent de 0,7 % du produit intérieur brut (PIB) du pays.

Grippe A : GSK fait don de 50 millions de vaccins à l'OMS

Hier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé la signature d'un accord de donation de 50 millions de doses de vaccin par le laboratoire britannique GSK. La signature a eu lieu à Genève entre Margaret Chan, la directrice de l'OMS et Andrew Witty directeur du groupe pharmaceutique. Après avoir déploré il y a quelques semaines qu'il manquerait "des milliards de doses de vaccins" pour les pays pauvres, Margaret Chan s'est donc réjouie de ce don.

"Nous nous félicitons de ce don très généreux de GSK, pour la protection de la santé des population les plus pauvres du monde", a indiqué la directrice de l'OMS. Elle a également souligné que ce "véritable geste de solidarité mondiale va en faveur de ceux qui autrement n'auraient pas eu accès aux vaccins". Il s'agit de la première annonce officielle de dons envers l'OMS. Rappelons que 11 pays et 3 autres fabricants de vaccins s'étaient engagés à faire don d'un total de plusieurs millions de doses. L'OMS devrait répartir les vaccins dans une centaine de pays, pour couvrir environ 10 % de leurs populations. Les premières livraisons de GSK à l'OMS devraient avoir lieu à la fin du mois.

Au Québec 4 nouveaux décès liés à la grippe A et 14 depuis la deuxième vague

La grippe A (H1N1) a fait quatre nouvelles victimes au cours des 24 dernières heures au Québec.

Ces nouveaux décès portent à 14 le nombre de victimes de la deuxième vague de la pandémie dans la province. La campagne de vaccination se poursuit aujourd’hui partout à travers le Québec. Encore ce matin, de longues files sont apparues devant le centre de vaccination de Saint-Eustache. Les premières personnes sont arrivées aussi tôt que 23 heures. Malgré tout, des centaines de personnes n'ont pas pu obtenir un des précieux coupons. Quelque 938 000 Québécois ont été vaccinés jusqu'à maintenant.

L'Ukraine en proie à la panique face à l'épidémie de grippe A

Depuis deux semaines, le pays renvoie au monde l'image d'un état malade, dans l'œil du cyclone de la grippe H1N1. Si la panique est bien réelle dans cette république d'Ex-URSS, les chiffres de l'épidémie sont à manipuler avec précaution. En un mois, 1,122 millions de cas de malades. selon Ministere de la santé, et 189 personnes sont mortes.

Des chiffres beaucoup plus hauts que chez les voisins polonais ou russes, mais qui restent pourtant dans la norme des années précédentes en Ukraine, où la grippe fait chaque année de nombreuses victimes. La grosse inconnue, c'est la part de responsabilité du virus H1N1 dans cette épidémie. Seuls 67 cas ont pu formellement lui être attribué chez les malades, dont 15 cas mortels.

L'OMS, actuellement en mission dans l'Ouest, là où l'infection est la plus sévère, reste aussi prudente: «Les tests sont difficiles et longs à mener, en raison du manque de laboratoires, explique Christian Lindenmayer, l'un des experts sur place. Mais il est possible que la plupart de ces cas soient liés au H1N1».

Les rumeurs les plus folles circulent

Les autorités ukrainiennes, l'œil visé sur le compteur dans la crainte mondiale de la grippe A, n'ont pas attendu le diagnostic pour sortir le grand jeu, quitte à affoler la population: écoles fermées, rassemblements publics interdits, une partie du pays placé sous quarantaine... «La dernière fois que l'on a vu ce genre de panique, c'était lors de la catastrophe de Tchernobyl», estime Dimitri Simonov. Ce Kiévien vend des équipements de sécurité notamment des masques respiratoires. Quand l'épidémie de grippe a été décrétée, son stock a été dévalisé en quelques heures. «Le manque d'information, les rumeurs les plus folles qui circulent... depuis, tout le monde se pose la même question: Est-ce une panique objective, ou bien provoquée par les politiciens?» En pleine campagne présidentielle, Ioulia Timochenko, Premier ministre et candidate, en rajoute dans le rôle d''infirmière en chef. Depuis quelques jours, le Ministère de la santé constate un léger ralentissement des cas à l'ouest du pays. Mais là encore, la méconnaissance du virus H1N1 empêche tout pronostic: «C'est la particularité de ce virus, il va vite et il est imprévisible, rappelle Christian Lindenmayer. Nous ne sommes pas non plus à l'abri d'un deuxième pic de grippe dans les semaines à venir, où d'un déplacement du virus à l'es ». Dans le doute, le président Iouchtchenko appelle la population «à se préparer».

Grippe H1N1 : Six nouveaux décès, le bilan monte à 36 morts en Turquie

La Turquie a enregistré six nouveaux cas mortels liés au virus de la grippe H1N1, portant à 36 le nombre de décès de cette maladie, a annoncé mercredi le ministère de la Santé. Parmi ces six mortels figurent 3 enfants, selon le ministère. Le nombre de décès provoqués par cette grippe a augmenté rapidement en Turquie ces derniers jours. Le premier cas mortel avait été enregistré le 24 octobre. Le 2 novembre, les hôpitaux ont commencé à vacciner le personnel médical et les personnes qui se rendent au pèlerinage à La Mecque. La campagne de vaccination doit concerner 28 millions des 71 millions de Turcs.

mardi 10 novembre 2009

Grippe : 174 morts, plus d'un million de malades en Ukraine

L'épidémie de grippe et de difficultés respiratoires aiguës a touché plus d'un million d'Ukrainiens et provoqué la mort de 174 personnes, et le président Viktor Iouchtchenko a invité mardi le pays à se préparer à une probable deuxième vague d'épidémie.

Au total 67 cas de virus H1N1 ont été recensés (contre 65 lundi) dont 14 parmi les décédés, a précisé le ministre adjoint de la Santé Vassyl Lazorychynets lors d'une conférence de presse. Le précédent bilan publié lundi par le ministère de la Santé faisait état de 969 000 personnes tombées malades depuis le début de l'épidémie à la mi-octobre et de 155 décès. Presque 53 000 Ukrainiens ont été hospitalisés, a indiqué le ministre, soulignant que 13 régions et la capitale Kiev étaient toujours en proie à l'épidémie. Le nombre de malades recevant des soins intensifs a baissé de presque un quart, à environ 330 patients, a ajouté M. Lazorychynets, en se félicitant de cet "élément positif". Le ministère a appelé les Ukrainiens à se faire vacciner contre la grippe saisonnière et a demandé à l'Organisation mondiale de la Santé (MOS) de fournir à cette ex-république soviétique 15 millions de doses du vaccin contre le virus H1N1 qui n'est pas encore été certifié en Ukraine, a indiqué le responsable. Le président Viktor Iouchtchenko a pour sa part souligné la nécessité pour le pays de se préparer à une probable deuxième vague d'épidémie. "L'Ukraine doit se préparer dûment à la deuxième vague d'infections respiratoires et de la grippe" dont le H1N1, a-t-il déclaré lors d'un déplacement à Kherson (sud), selon l'agence Interfax. La mission de l'OMS qui se trouve en Ukraine depuis une semaine, avait également jugé possible lundi une nouvelle vague de contaminations d'ici à plusieurs mois.

lundi 9 novembre 2009

Trois nouveaux décès, de la grippe A (H1N1), en France en région parisienne depuis samedi

Trois personnes atteintes de grippe A (H1N1), qui souffraient également de pathologies associées, sont décédés depuis samedi dans des hôpitaux de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris).

Dans un communiqué, l'AP-HP précise qu'un homme de 44 ans hospitalisé le 31 octobre à l'hôpital Ambroise Paré, à Boulogne, est décédé samedi dans le service de réanimation de cet hôpital. Il souffrait par ailleurs d'obésité et d'insuffisance respiratoire chronique. Dimanche, une femme de 61 ans, hospitalisée le 30 octobre à l'hôpital Necker à Paris, est décédée en réanimation. Elle présentait une insuffisance rénale sévère. Enfin, ce lundi, une femme de 53 ans, présentant une insuffisance respiratoire chronique et une cardiopathie sévère, est décédée. Elle avait été hospitalisée le 8 novembre en réanimation à l'hôpital Ambroise Paré.

Effets secondaires et coïncidence, ou la difficulté d'empêcher les rumeurs

La vaccination contre la grippe A (H1N1) est mal partie en France. Les sondages d’opinion montrent en effet que, pour l’instant, une large majorité de la population n’a pas l’intention de se faire vacciner et les premières données disponibles sur le taux de vaccination dans les hôpitaux laissent penser que cette opinion est partagée par un grand nombre de professionnels de santé. Cette réticence, pour ne pas dire ce rejet, peut s’expliquer par 2 ordres de motifs :
- la morbi-mortalité liée au virus A (H1N1) pandémique est plus faible qu’on ne le pensait à la fin du printemps ;
- beaucoup craignent des effets secondaires des vaccins disponibles. Et ce phénomène est particulièrement exacerbé en France, pays de naissance de nombreux vaccins mais où, pour des raisons complexes et difficiles à cerner, s’est développé ces dernières années un très fort courant « anti-vaccination ». Allons-nous, du fait de ce climat, assister dans les prochaines semaines à un mouvement d’opinion similaire à celui qui avait suivi la campagne de vaccination contre l’hépatite B qui avait été accusée par certains de favoriser l’émergence de scléroses en plaques ? Un travail qui vient d’être publié dans le Lancet permet de se préparer à cette éventualité en mettant à notre disposition des données qui nous aideront à interpréter plus sereinement l’annonce inévitable d’effets secondaires vaccinaux (supposés ou réels). L’équipe internationale d’infectiologues, de spécialistes de la sécurité vaccinale, d’épidémiologistes et de médecins de santé publique qui signe cette publication s’est livrée à une activité indispensable et pourtant inédite : évaluer, a priori, la fréquence habituelle (ou « coïncidente ») dans la population de certains événements pathologiques qui pourraient être, à l’avenir, imputés au vaccin contre la grippe A pandémique. Ainsi, grâce à ce type de données statistiques, il nous serait possible, en théorie, de savoir si tel ou tel incident ou accident survenant dans les jours ou les semaines qui suivent une vaccination a une probabilité raisonnable d’avoir un lien de causalité avec cette immunisation (si sa fréquence est supérieure à celle du « bruit de fond » habituel) ou s’il ne s’agit plus vraisemblablement que d’une simple coïncidence temporelle. 10 millions de vaccinés avec un placebo : 21 cas de syndrome de Guillain-Barré dans les 6 semaines ! Prenons pour expliciter le propos l’exemple du syndrome de Guillain-Barré (SGB) qui envahit les forums consacrés sur Internet à la vaccination et qui hante le sommeil des responsables sanitaires. Steven Black et coll. ont tenté sur la base d’une recherche exhaustive dans la littérature médicale d’en évaluer l’incidence hors de toute vaccination. Il est apparu que celle-ci était bien sûr variable selon les pays, le sexe et les tranches d’âge allant par exemple de 0,70/100 000/an chez les garçons de moins de 17 ans au Royaume Uni à 10,13/100 000/an chez les hommes finlandais de plus de 65 ans. Mais en moyenne, toutes classes d’âge confondues et quel que soit le sexe, dans un pays comme le Royaume Uni, l’incidence annuelle du SGB est estimé à 1,87/100 000. Si l’on admet (pour les besoins du raisonnement) que les sujets vaccinés seront représentatifs de la population générale, pour 10 millions de personnes ayant reçu le vaccin, le calcul nous apprend que le hasard voudrait que l’on observe dans la semaine qui suit l’injection 3,58 cas de SGB et 21,5 cas dans les 6 semaines suivantes (voir tableau). En première analyse, nous ne pourrons donc considérer le SGB comme un effet secondaire probable du vaccin que si sa fréquence dépasse significativement celle du bruit de fond.

Se prémunir contre la rumeur

Il va sans dire que ce raisonnement simple ne sera pas totalement opérant. D’une part pour des motifs scientifiques. Car les sujets vaccinés ne seront pas nécessairement représentatifs de la population générale. D’autre part et surtout pour des motifs médiatico-psychologiques voire politiques. On peut en effet être certain que l’annonce, inéluctable, de quelques cas de SBG dans les semaines qui suivront le début de la campagne fera plus de « buzz » que les déclarations rassurantes d’épidémiologistes évoquant dans des termes peu compréhensibles une fréquence « coïncidentale ». Sans même évoquer les suites juridiques probables de ces SGB, les tribunaux ne tenant pas toujours compte des réalités statistiques (et c’est un euphémisme). Il est même possible que rien ne pouvant démontrer que ces SGB ne sont pas dus au vaccin, au nom du principe de précaution, les autorités politiques soient amenés à prendre des mesures de restriction sous la pression du public.

De la mesure du bruit de fond

Mais n’anticipons pas et présentons ici, grâce au travail de Steven Black et coll., quelques chiffres qui nous permettront, espérons-le, de raisonner plus sereinement dans les semaines qui viennent.


Tableau
Nombre de cas « coïncidents » attendus après une vaccination

Dans la journée

Dans la semaine

Dans les 6 semaines

SGB (pour 10 millions de vaccinés)

0,51

3,58

21,5

Névrite optique (pour 10 millions de femmes vaccinées)

2,05

14,40

86,30

Morts subites (pour 10 millions de vaccinés)

0,14

0,98

5,75

SEP (pour 10 millions de vaccinés)

2,7 à 6,7

19 à 47

114 à 285

Convulsions (pour 10 millions d’adultes vaccinés)

27,4

191

1 150

Avortements spontanés (pour 1 million de femmes enceintes vaccinées)

397

2 780

16 884

SGB : Syndrome de Guillain-Barré ; SEP : Sclérose en plaques


Comme on le voit à la consultation de ce tableau, des problèmes risquent de se poser pour des affections relativement rares comme par exemple le SGB, la névrite optique ou la sclérose en plaques (SEP) et dans ces cas, l’histoire du vaccin contre l’hépatite B et de ses relations éventuelles avec la survenue de SEP montre bien qu’il est difficile de faire prévaloir les lois de la statistiques sur l’émotion. Mais la question des effets secondaires du vaccin pourra être soulevée également devant la survenue d’événements très fréquents comme des avortements spontanés ou des crises comitiales. Le problème sera tout particulièrement aigu pour l’avortement spontané alors que les femmes enceintes sont l’un des tous premiers groupes prioritaires pour la vaccination. On voit en effet que, parmi 500 000 femmes enceintes vaccinées en France, il y aurait, du seul fait du hasard, autour de 1 400 avortements spontanés dans la semaine suivant l’injection et il serait bien difficile de démontrer à ces femmes et à la population que la vaccination n’est pas nécessairement en cause.

Le casse tête de la femme enceinte

Chez la femme enceinte la question des effets secondaires vaccinaux sera compliquée par plusieurs particularités : le manque général d’expérience vaccinale chez la femme enceinte et l’absence totale d’essais cliniques sur cette population avec ce vaccin et l’impossibilité de démontrer, sans un long recul, l’innocuité d’un vaccin sur les enfants à naître. A cela vient s’ajouter, en Europe tout au moins, le fait que nous ne disposons pas encore de vaccin sans adjuvant en quantité suffisante et qu’il nous faut donc choisir entre vacciner dès maintenant, mais avec un vaccin « adjuvanté » déconseillé chez la femme enceinte ou attendre le vaccin sans adjuvant et risquer entre temps l’apparition de formes graves de grippe chez la femme enceinte.

Pour ne pas passer à côté d’un effet secondaire réel. Il faut souligner a contrario que si le « bruit de fond » pathologique peut conduire, à tort, à attribuer la responsabilité d’un événement à un vaccin utilisé sur une très large échelle, il peut également gêner, voir empêcher, l’identification d’un effet secondaire véritable surtout si sa survenue est fréquente dans la population générale. Ainsi si, par hypothèse d’école, le vaccin augmentait de 10 % le risque d’avortements spontané, il serait quasiment impossible de le détecter par une étude de pharmacovigilance. Enfin au-delà du danger de discréditer le vaccin par une mauvaise interprétation de données statistiques complexes, il convient de ne pas oublier que des effets secondaires bien réels, mais inattendus, peuvent toujours survenir. Ceci a d’ailleurs conduit les autorités sanitaires de plusieurs pays développés à renforcer les systèmes de pharmacovigilance vaccinales (en utilisant notamment le web) pour dépister ces éventuels nouveaux effets indésirables le plus précocement possible. Le devoir d’informer la population. Mais aussi sophistiqués soient-ils, tous ces systèmes peuvent être mis en défaut : - du fait d’une sur-déclaration éventuelle des effets secondaires pour ce vaccin surmédiatisé ;
- en raison du risque de voir émerger, par hasard, une relation statistiquement significative en apparence lorsque l’on étudie un grand nombre de paramètres ou de sous groupes ;
- par des effets secondaires subjectifs, pour lesquels une suggestion des sujets vaccinés informés immédiatement par les médias est possible. On le voit ce travail sur le bruit de fond pathologique pourra être utile pour une meilleure compréhension des événements à venir par le corps médical. Il était de notre rôle de le porter à la connaissance de nos lecteurs. Mais il est également essentiel, dans le cadre d’une campagne de vaccination de masse d’une ampleur aussi inhabituelle, d’informer a priori la population des difficultés auxquelles les autorités sanitaires seront immanquablement confrontées pour interpréter les données de phamacovigilance. Et ceci est le rôle du gouvernement ...

Dr Anastasia Roublev Black S et coll. : Importance of background rates of disease in a assessment of vaccine safety during mass immunisation with pandemic H1N1 influenza vaccines. Lancet 2009 ; publication avancée en ligne le 31 octobre 2009